Le Korova Milkbar

Tsunamis, désertification, fonte des glaces, montée des océans, pollution, les catastrophes naturelles se multiplient, les températures ne cessent d’augmenter. Personne n’est à l’abri. Les gens fuient en masse, un exode mondial.

Dans les hautes plaines à blé de l’ouest du Kansas, une épaisse poussière recouvre le sol. L’air est irrespirable. Il faut sortir masqué, se protéger des microparticules toxiques.

 Alex regarde au dehors et se demande depuis combien de temps il n’a pas plu. Le ciel est toujours bleu. Plus de nuages depuis longtemps. Il se décide à fouiller dans les placards pour trouver ce qu’il reste de provisions. Sa mère vient de mourir. Elle est là-haut, dans sa chambre. Son père a tenté de sauver la récolte jusqu’à l’épuisement et son corps gît encore dans le champ brûlé.

Alex remplit son sac à dos des conserves de Milk, une sorte d’ersatz de lait gonflé à base de protéines, et sort de chez lui. Pas la peine de fermer la porte. La campagne est dévastée. Qui viendrait ? Il n’y a plus d’animaux. Quand il était petit, les oiseaux partaient à l’automne et revenaient au printemps. Peu à peu, les oiseaux ont disparu. Au début, personne s’en souciait. Ça fait bien deux ans maintenant qu’Alex n’en a pas vu. Il fait une chaleur infernale.  Ils ont dû perdre la tête quand le temps s’est déréglé. Alex rêve d’une putain de soirée d’hiver. Glaciale. Avec de la neige. Il n’en a jamais vu, mais il s’en souvient dans les albums que sa mère lui lisait avant. Il aimait particulièrement l’histoire de la reine des neiges.

S’il part en direction du nord et marche tout droit, il fera peut-être plus frais ?

Tous les habitants du village sont morts ou partis. Il aurait dû se joindre au premier convoi pour l’exode, mais ne voulait pas quitter sa mère. Il pensait qu’elle guérirait. Avant de mourir, elle lui a demandé d’aller chercher son oncle au Korova Milkbar dans la ville de Holcomb, à une heure de marche.

 Holcomb ressemble à une ville abandonnée du Far West. La nuit est déjà tombée quand Alex trouve enfin le Korova. Il pousse la porte. L’endroit a été dévalisé. Il ne reste même plus de réserves de Milk. Il s’assied dernière le comptoir, bien caché pour passer la nuit. Il a perdu son temps et craint de se faire égorger et voler sa nourriture par une bande de voyageurs en virée. À l’aube, il reprendra sa marche. Il s’endort, la tête sur son sac à dos.

Au milieu de la nuit, des pleurs le réveillent. Ceux d’un gosse en sanglots, accroupi sous une table.

« Qu’est-ce que tu fous là, petit ? » demande Alex en s’approchant.

Le gosse ne répond pas mais pleure de plus belle. C’est sans doute à cause de l’accent de la plaine, ce nasillement de cowboy qu’a Alex quand il parle. Il lui  fait signe de sortir de sa cachette, tend la main, mais rien n’y fait. Alors, Alex retourne derrière le comptoir et sort de son sac une boîte de Milk qu’il ouvre. Le gosse le regarde maintenant avec envie. Alex tend la boîte et d’un bond, le petit la lui arrache des mains et se met à manger goulûment. Ça doit faire un bail que ce moineau a pas bouffé.

Il se met alors  à poser pleins de questions qui restent sans réponses. Une fois la conserve vidée et nettoyée à l’aide des doigts qu’il finit de lécher un par un, le gosse retourne sous sa table.

« Quel con ! Une boîte de perdue. C’est pas le moment d’être sentimental. »

À l’aube, Alex décide de partir.  Le gosse le suit.

Alex le chasse comme un chien galeux. Le gosse se recroqueville puis, se remet à le suivre.

« Dégage, j’te dis ! J’peux pas m’occuper de toi ! Je vais vers le nord, c’est là qu’il faut aller. Casse-toi, maintenant. »

Le petit baisse les yeux mais ne bouge pas. En regardant ses bottes à bout pointus, Alex remarque les pieds nus de l’enfant. Il tourne le dos mais ne dit plus rien.

Devant un supermarché abandonné Alex trouve un vieux caddie. Il y dépose son sac et le gosse qui, jusqu’ici gardait ses distances, s’approche et grimpe dedans. Ils en profitent pour le remplir de couvertures, une carte routière déchirée, un vieux couteau cassé et tout ce qui pourrait être utile qui n’a pas été pillé dans le magasin. Alex est finalement content de la compagnie. Il a moins peur. Alors il parle, l’appelle Moineau et raconte des histoires qu’il invente sur le pays des neiges. À deux, il y a peut-être moyen de sauver sa peau. Une heure plus tard, ils sont prêts à quitter Holcomb.

« Bon alors, ça sera quoi, hein ? Il faut qu’on se barre. On quitte cet enfer, et on part pour pays des neiges ? Une jolie reine toute blanche avec un cœur de glace nous attend là-bas. »

Moineau rit et applaudit.

Alex lui tend une vieille boussole.

« Tu me guides, ok ? L’aiguille doit toujours pointer vers le nord. Et garde les yeux bien ouverts, qu’on ne tombe pas sur ces voyageurs prêts pour une vilaine partie de salingue. »

Il pose son doigt sur la lettre N et fait  un signe de la main. Le petit acquiesce. Au bout de la route commence une région solitaire. Ils longent l’immobile serpent gris d’une rivière desséchée et disparaissent dans la poussière.

Texte 1

  • un mot : glaciale
  • une phrase : Bon alors, ça sert à quoi, hein ?
  • une expression : une putain de soirée d’hiver
  • une image : du lait gonflé
  • un personage : Alex
  • un décor : le Korova Milkbar
  • un objet : couteaux
  • une figure de style : une petite partie salingue
  • une situation /action : drinker du lait

Texte 2

  • un mot : village
  • une phrase : le parlé local est hérissé d’un accent de la plaine, un nasillement de cowboy
  • une expression : Far West
  • une image : ciel bleu
  • un personage : le voyageur
  • un décor : hautes plaines à blé de l’ouest du Kansas
  • un objet : bottes À bout pointu
  • une figure de style : aussi gracieusement que des temples grecs
  • une situation /action : une région solitaire

Texte 3

  • un mot : route
  • une phrase : une heure plus tard
  • une expression : prendre la fuite
  • une image : la route déserte
  • un personage : le petit
  • un décor : campagne dévastée
  • un objet : un sac à dos
  • une figure de style : l’immobile serpent gris d’une rivière
  • une situation /action : il poussait un caddie 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut