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Le Boucher de Rennes

« Demandez l’Ouest-Éclair ! Edition spéciale ! De nouveaux détails sur la femme assassinée à coups de hachoir. »

Casquette en travers de la tête, le jeune vendeur de journaux fait les cent pas devant le café place de la Mairie.

Le commissaire Gondelle sort en trombe.

« Donne-moi ce torchon ! 

– C’est 10 centimes, M’sieur l’commissaire.

– Pour ce tas d’immondices ?  Grommelle Gondelle qui jette une pièce au garçon.

De retour à sa table, il montre le journal à son acolyte.

Le chef de sécurité, Henri Leroy se met à lire.

– Stupeur dans la paisible ville de Rennes. Les résultats de l’autopsie de la femme tuée à coups de hache rue de la Monnaie. Le 26 mars 1903, Madame Coulange a eu l’artère carotide entièrement sectionnée par une hache après avoir reçu 18 coups de canif dans la poitrine. Malgré ses jupes relevées au-dessus de sa tête, aucun attentat immoral n’a été relevé. Que fait la Po..

‒ Assez ! Des trous à merdes, ces journalistes ! Toujours à fouiner partout et à nous empêcher de travailler.

Leroy lève les yeux.

‒ En attendant, fait-il, l’appartement de la victime a été entièrement retourné et nous n’avons toujours aucune piste. Ce meurtre n’a pas pu être commis pour un simple vol, aucun bijou n’a disparu. J’ai interrogé la femme de ménage qui a confirmé que Mme Coulange était fort avare et cachait de l’argent et des actions un peu partout chez elle.

‒ Même sous ses jupes ? Et ce mouchoir qui a servi à essuyer le couteau ?

‒ Aucune piste, commissaire.

Le café avalé, Gondelle se lisse la moustache et allume sa pipe.

Rue de la Monnaie, en plein centre-ville, Madame Coulange avait été retrouvée morte dans son appartement, étendue sur le dos, près de la cheminée, la tête inclinée, reposant dans une mare de sang. Un hachoir de cuisine était encore planté dans son cou. Le canif qui avait servi pour la poignarder était posé sur une table basse.

Le corps nu avait été jeté sans cérémonie dans une voiture à bras et amené à l’amphithéâtre pour pratiquer l’autopsie.

– La vieille était méfiante, pas du genre à ouvrir aux inconnus. Et pourquoi cette mise en scène de crime sexuel ? Il faut continuer à interroger son entourage. Des nouvelles quant à  la provenance du hachoir ?

– La femme du boucher des Lices a affirmé avoir vu un homme en noir traîner dans le quartier. Aucun couteau n’a disparu dans la boucherie et il n’y a eu aucune effraction.

– Vous vous foutez de ma gueule, Leroy ? On trouve un gros couteau et on conclut que c’est le boucher ? Et où est cet homme en noir ?

Le chef de sécurité baisse la tête. Les deux hommes entrent à l’hôtel de ville où se trouvent leurs bureaux.

̶  Commissaire, on a retrouvé ce coffret en acier sous une planche du parquet de la victime.

̶  Les valeurs en titres de la veuve Coulange. Le prétendu neveu qui voulait la voler est toujours en garde à vue ?

 ̶  Oui commissaire.

̶  Va le chercher.

Quelques minutes plus tard, le policier réapparait avec un jeune homme menotté, l’air fatigué et une barbe de trois jours.

-C’est ça que tu cherchais chez ta tante ? Le commissaire brandit la boîte

L’homme secoue la tête.

-Tu as été aperçu mardi chez elle. Les voisins se sont plaints  d’une altercation. Tu cherchais ceci, avoue !

-Je ne suis pas allé chez ma tante. J’étais à Fougères toute la semaine.

– Un peu facile comme réponse. Personne ne t’a vu à Fougères.

 Leroy, qui était sorti chercher un dossier, revient horrifié.

-Commissaire, Il y a un nouveau cadavre dans la Vilaine, tout près d’ici, à la Prévalaye.

-Bon Dieu, c’est pas possible, s’écrit Gondelle ! J’en ai tout de même pas fini avec toi, fait-il au jeune homme, d’un ton accusateur.

Les deux hommes se dirigent jusqu’au bord de la rivière. Leroy retire péniblement le corps d’une femme, poignardée, elle aussi, le corsage ouvert et la jupe arrachée.

Connaissait-elle Mme Coulange ? Y a-t-il un lien entre la victime de la rue de la Monnaie et celle de la Vilaine ?

-Faites ramener le corps à l’amphithéâtre, murmure le commissaire.

La pluie se met à tomber sur les bords de la Vilaine quand Gondelle aperçoit un bout de tissu dissimulé dans un bosquet.

-Un mouchoir ! s’écrit-il.

Le lendemain matin, Gondelle achète l’Ouest-Eclair avant de retrouver Leroy au café de la Mairie.

« La terreur continue à Rennes. Quelle sera la prochaine victime ?»

Il tape du poing sur la table.

-Comment se fait-il qu’ils sachent déjà ? J’avais dit pas un mot à la presse ! rugit-il.

–  Attendez, fait Leroy en regardant le journal. Les deux articles ont été écrit par la même personne. André Le Meur est le cousin du médecin légiste qui a fait les autopsies. Il est toujours à fouiner par ici. Je les vois souvent boire un verre le soir. Evidemment, l’alcool délie les langues et quand, en plus, on est de la même famille, vous imaginez bien ce qu’ils se racontent !

Les jours passent, plus gris les uns que les autres. Les Rennais, terrorisés se barricadent chez eux. On parle d’un Jack L’Éventreur Breton et les ventes du journal montent en flèche. Une édition spéciale est même publiée, relatant les meurtres dans les moindres détails.

Le commissaire enrage. Ces affaires font les choux gras de la presse et l’Ouest-Éclair qui peinait à vendre, semble sauvé de la faillite.

-Leroy, les deux victimes étaient bien des femmes de militaires ?

-Oui, le Capitaine Coulange est décédé et le Lieutenant Quémeneur est à Brest.

-Allons interroger ce Le Meur ! s’écrit Gondelle. Il y a peut-être une autre raison pour qu’il soit si bien informé.

– Vous le croyez suspect ? demande le chef sécurité.

– Réfléchissez, Leroy. Quelle est l’origine de cet homme ?

– Avec un tel nom, il ne peut que venir du Finistère.

– Et les deux maris ?

-Postés à Brest, s’exclame Leroy. Le Télégramme de Brest est le concurrent de l’Ouest-Éclair ! Et le médecin légiste, toujours vêtu de noir.

– M’est d’avis qu’il y a un lien entre tout ça. N’y a-t-il pas une usine de mouchoirs au bord de la Penfeld ?

Categories: Nouvelles

agnes-bourhis

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